Enfouissement de la ligne Très Haute Tension Plessis-Clamart

Ce projet vise à rendre souterraine la ligne THT aérienne qui surplombe les communes du Plessis-Robinson et de Clamart :

Il s’agit de lignes de 225kV portées par des pylônes de 40m de haut et 18m de surplomb qui relient les postes RTE de ROBINSON (non visible sur la carte), de CHATILLON (en fait à Clamart), de RAIE-TORTUE (à proximité du collège des Petits Ponts) et CLAMART (en face du conservatoire).

Contrairement à ce qu’affirme aujourd’hui le maire de Clamart, cet enfouissement est demandé depuis très longtemps par l’ensemble des groupes représentés au conseil municipal de Clamart. Les raisons invoquées tenaient alors aux préoccupations sanitaires (risques de santé publique à proximité d’un hôpital, d’un collège et de quartiers résidentiels) et à la gestion déplorable par RTE des opérations de sécurisation des lignes se traduisant par des coupes brutales dans la forêt de Clamart ignorant la qualité et la fragilité des espaces concernés.

Coût de l’opération

Jusqu’à présent l’enfouissement n’avait pu se faire en raison, semble-t-il, de l’impossibilité d’obtenir un accord financier entre les communes de Clamart et du Plessis-Robinson, le Conseil Départemental des Hauts de Seine, la Région Ile-de-France et RTE. Les oppositions de nature politique (PS / LR) n’étaient probablement pas étrangères à ce blocage.

Aujourd’hui la couleur politique de ces différentes entités a changé et les problèmes de financement semblent levés…

Le coût prévisionnel des études et travaux, estimé à 47,3 M€, est réparti de la manière suivante (CM du 15 mars 2019) :

RTE 13,4 M€
Région Ile-de-France 3,0 M€
Commune de Clamart et autres financeurs 16,9 M€
Commune du Plessis-Robinson et autres financeurs 14,0 M€

Au cours de ce même conseil municipal du 15 mars, la mairie a également déclaré avoir obtenu trois subventions :

Métropole du Grand Paris (MGP) 0,3 M€
Département des Hauts de Seine 1,6 M€
Territoire Vallée Sud Grand Paris (VSGP) 5,1 M€

Le coût « direct » pour la commune de Clamart serait donc de 9,9 M€.

Dans sa communication, le maire se vante régulièrement du faible coût pour la commune de l’opération, oubliant que les diverses subventions recueillies, et même la contribution de RTE, sont de l’argent public, sorti d’une façon ou d’une autre des poches des contribuables, donc des Clamartois. Pour paraphraser quelqu’un « il n’y a pas d’argent magique »  pour cette opération.

Détails du projet

Le projet, consiste à mettre en souterrain  5 lignes aériennes à 225 KV :

  • Moulineaux-Villejust 1 & 2
  • Harcourt – Raie-Tortue-Villejust 1 & 2
  • Chatillon – Raie Tortue.

Le poste de Raie-Tortue serait supprimé.

Le cheminement des lignes souterraines existantes, ou à créer, apparaît sur le plan communiqué au cours de la seule réunion de « concertation » ayant été tenue avec les associations (10 janvier 2018).

Motivations du projet

Les raisons invoquées pour cet enfouissement par le maire de Clamart sont d’ordre esthétique, économique, environnemental et sanitaire :

  • Mettre en valeur les zones d’habitation du centre-ville, du Jardin Parisien, du Soleil Levant et de la Plaine, ainsi que les équipements publics tels que l’hôpital Antoine Béclère et le collège des Petits Ponts,
  • favoriser le renouvellement urbain, (zone pavillonnaire),
  • suppression du poste « Raie-Tortue » permettant la création de logements de tous types au grand croisement des deux Tramways T6 et T10,
  • améliorer les possibilités de développement de la zone Novéos, renforcer son attractivité en libérant les fonciers grevés. Pour le Plessis-Robinson, créer un nouveau quartier de ville,
  • réaliser la phase 2 du projet du Panorama,
  • reconstituer la continuité écologique de la forêt (les coupes d’arbres qui étaient indispensables à la sécurisation des lignes ne seront plus nécessaires),
  • répondre aux inquiétudes sanitaires des riverains.

Avis de Clamart Citoyenne

Motivations « sanitaires »

Régulièrement mises en avant par le maire qui déclare que la cité de la Plaine (rue de Champagne) et la rue de Versailles sont à proximité des lignes haute tension et que celles-ci sont au-dessus de l’hôpital Béclère et de la maternité.

Le risque sanitaire généralement considéré est celui qui serait induit par les champs magnétiques 50Hz qui sont générés par les lignes THT. Ces champs se mesurent en micro Teslas (µT) et doivent être inférieurs à un seuil de référence défini par les réglementations.

En France la valeur limite d’exposition est de 100µT (directive Européenne de 1999 reprise par un arrêté ministériel de 2001) mais il existe aussi une directive ministérielle particulière, dite « directive Batho » qui recommande de ne pas dépasser la limite de 1µT dans les zones sensibles (accueil de jeunes enfants).

L’OMS préconise un seuil de 20µT.

L’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) et l’ICNIRP recommandent une limite à 0,3 -0,4 µT.

Certains pays sont plus prudents : par exemple le seuil fixé en Belgique est de 0,2µT…

Si l’on observe la situation actuelle, contrairement à ce qu’affirme le maire, les lignes THT ne surplombent ni l’hôpital Béclère, ni la maternité (cf. GoogleMaps…) et passent à une distance telle que les valeurs de champ y sont très inférieures au seuil réglementaire actuel (100µT).

En ce qui concerne les rue de Champagne et de Versailles, les lignes ne surplombent également pas les bâtiments d’habitation… Pour le collège Petits Ponts, les lignes surplombent le gymnase mais restent à distance des bâtiments d’études. Dans ces bâtiments les valeurs sont largement inférieures au seuil de 100µT, de même que dans le gymnase (le schéma ci-contre, fourni par RTE, montre que même à l’aplomb d’une ligne THT le champ ne dépasse pas 40µT).

Néanmoins… si comme le maire (apparemment) et d’autres avec lui (les associations, les écologistes et bien sûr Clamart Citoyenne…) on tient à faire jouer le principe de précaution, et à appliquer le seuil de 1µT recommandé par la directive Batho, alors, effectivement, la situation actuelle n’est pas satisfaisante : ni au collège des Petits Ponts, ni à l’hôpital Béclère ni à la maternité, ni d’ailleurs dans certains immeubles d’habitation, où il y a probablement de jeunes enfants !

Mais dans ce cas il faut être cohérent : la situation, une fois les lignes enterrées, doit être meilleure qu’elle ne l’est aujourd’hui. Or ce n’est pas vraiment le cas !

Sur Clamart, les trajets choisis par RTE pour les lignes souterraines, avec l’accord du Préfet (qui devrait normalement recommander de ne pas installer de telles lignes à proximité des établissements sensibles !) et du maire de Clamart (dont la prudence semble ici à géométrie variable), induiront vraisemblablement des champs très supérieurs au seuil de 1µT dans les habitations et à proximité d’écoles et de maternelle !

Pour s’en convaincre il suffit de se référer aux mesures de champs effectuées sur les lignes souterraines déjà présentes, en toute discrétion, à Clamart…

Par exemple sur la ligne THT qui descend le long de la rue du Moulin de Pierre on relève des champs supérieurs à 1µT jusqu’à une dizaine de mètres de l’axe du câble !

Notons au passage que ce câble est enterré sous le trottoir et passe au ras des habitations…

Les trajets prévus pour les nouveaux câbles souterrains, résultant de l’opération d’enfouissement de la ligne apparaissent sur le plan présenté plus haut. Outre le fait qu’ils traversent des zones d’habitation denses sur la majorité de leur parcours, ils passent également à proximité immédiate de plusieurs établissements sensibles : le collège des Petits Ponts (!), la maternelle du Jardin Parisien et la maternelle St Joseph – Ste Marie (rue du Guet). La mise en place de protections particulières dans ces zones a été rejetée par RTE au motif qu’elle respectait les normes réglementaires.

Pourquoi choisir de tels trajets pour enterrer les lignes ? En réunion de « concertation », RTE n’a pas fait mystère de ses critères de choix : « optimisation des frais d’exploitation », « privilégier le passage en domaine public routier, privilégier les rues larges, éviter les coudes pour limiter les efforts de tirage des câbles, privilégier les tracés courts ». Aucune mention de préoccupation sanitaire. L’étude d’impact demandée par les associations a été refusée car non obligatoire, et les recommandations de la « directive Batho » ne sont que des recommandations que le préfet n’a pas soutenues.

Enfin, si les lignes THT aériennes sont parfaitement visibles des riverains, ce n’est pas le cas lorsqu’elles sont enterrées. Les habitants, et notamment les nouveaux propriétaires, n’ont pas connaissance de leur présence (il n’y a pas de servitude signalée par le notaire). En cas de problèmes sanitaires, ignorant de l’existence des lignes, ils ne pourront pas faire le lien avec leur proximité ce qui rendra difficile les études épidémiologiques.

Motivations environnementales

Le maire déclare que cette opération permettra de reboiser la forêt et de reconstituer sa continuité écologique (les coupes d’arbres qui étaient indispensables à la sécurisation des lignes ne seraient plus nécessaires).

Les coupes d’arbres qui ont eu lieu en 2009, conduites de façon particulièrement brutale, étaient justifiées par la présence d’arbres de grande hauteur venant à proximité des lignes THT.

Depuis, 10 années se sont écoulées, le bois a commencé à repousser et le sous-bois empêche les promeneurs de passer : tant mieux car il faut qu’il y ait des espaces inaccessibles pour que la biodiversité se développe !

L’enfouissement le long de la route du vieux cimetière a nécessité l’abattage d’une surface conséquente de la forêt. Abattage très probablement définitif, ce qui n’était pas le cas sous les lignes THT où, pour régler le problème, il aurait simplement suffit de reboiser avec des essences de moins grande taille.

De leur côté, les promeneurs et ceux qui décideront de s’asseoir sur les bancs de la route du Vieux Cimetière ne doivent pas oublier ce qui chemine sous leurs pieds : à l’aplomb de ce câble, d’après les schémas RTE, le champ doit avoisiner la centaine de µT…

Ce discours « écologiste » du maire, et sa description de son engagement volontariste en faveur de la défense de la forêt sont d’autant moins crédibles lorsqu’on connait le sort qu’il a réservé aux arbres de Clamart, que l’on pense à sa demande faite d’élargir l’avenue Trébignaud en abattant une partie du bois de  Clamart (une autre partie ayant déjà été bien entamée par les choix effectués pour
l’implantation du tramway T10) et que l’on sait qu’il a soutenu l’opération de destruction de 5 hectares de la forêt de Verrières pour le centre de remisage du tramway T10 alors que l’enfouissement de la ligne THT levait les derniers obstacles à son implantation dans la zone d’activité Novéos !

Motivations esthétiques

L’enjeu « esthétique » du projet est réel mais relativement subjectif. S’il est vrai que pour la plupart des Clamartois ces lignes portent atteinte au paysage clamartois, pour certaines personnes, qui ont connu des temps moins confortables, ces lignes représentent le progrès et la libération de leurs mères et grand-mères de tâches ménagères contraignantes !

Lors d’un comité de pilotage du quartier Centre, il a été proposé de conserver au moins un pylône, à titre de témoin de l’histoire. On pourrait même imaginer de le transformer en quelque chose d’utile comme, par exemple un pylône d’escalade, ou un point de vue sur la ville…

Motivations économiques

Selon le maire de Clamart, cet enfouissement facilitera la phase 2 du projet Panorama (sur les anciens terrains du centre de recherche EDF) et libérera des fonciers dans la zone d’activité Novéos, ce qui permettra au maire du Plessis-Robinson de la transformer en logements (de prestige ?) en créant un nouveau quartier de ville (on comprend ainsi mieux la destruction des 5 hectares de la forêt de Verrières…).

La suppression du poste « Raie-Tortue » permettra la création de logements de tous types au croisement des deux Tramways T6 et T10 en face de l’hôpital Béclère.

Cette opération devrait également « favoriser le renouvellement urbain » (sic) le long de la RD906 et dans la zone concernée par la DUP « Jean-Baptiste Clément – Rue du Midi ».

Beaucoup de constructions et de travaux sont donc à prévoir pour l’avenir.

Conclusions

Les raisons sanitaires invoquées ne résistent pas à l’analyse : de ce point de vue la situation n’est pas meilleure, voire pire, à l’issue des travaux. Tous les aménagements qui auraient pu être faits pour améliorer la sécurité des Clamartois ont été rejetés.

Les raisons écologiques et environnementales invoquées sont, elles aussi, imaginaires : aucun bénéfice particulier à attendre de ce côté pour la forêt de Clamart. Quant au bois de Verrières, qui aurait pu bénéficier de la « libération » de la zone Novéos, les 5 hectares mentionnés ont déjà été abattus. Entre préserver des arbres et une opération d’urbanisation le choix a été rapide…

Au final, seule reste la volonté de continuer sur la lancée des nombreux travaux immobiliers déjà initiés sur Clamart et au Plessis Robinson.

L’enfouissement de la ligne THT Plessis-Clamart sera une opération coûteuse pour les finances de la ville et plus encore des Clamartois. Même étalée sur plusieurs années cette dépense représente globalement plus de la moitié du budget d’investissement de la ville de Clamart.

Etait-elle prioritaire alors que dans le même temps il y a tant à faire pour améliorer et réhabiliter l’existant ? Et, ayant pris la décision de procéder à une opération aussi coûteuse, n’aurait-on pas pu répondre à sa motivation première, les préoccupations sanitaires des Clamartois, en limitant l’exposition aux rayonnements magnétiques ? Alors que tous les indicateurs du changement climatique sont au rouge, était-il vraiment opportun d’abattre 5 hectares du bois de Verrières alors qu’il était possible de s’abstenir ?

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6 réponses à Enfouissement de la ligne Très Haute Tension Plessis-Clamart

  1. Max dit :

    En zone urbaine dense, on enfouit les lignes THT. D’une part pour des raisons esthétiques et d’emprise foncière évidentes, mais aussi pour des raisons de sécurité, s’approcher trop près d’une ligne THT (même sans toucher) est extrêmement dangereux, et les conséquences en situation de tempête peuvent être catastrophiques. Dire qu’il n’y a pas de nuisances au Collège des Petits Ponts, alors qu’il y a un pylône au milieu de la cour, ne manque pas de sel… A Clamart, la densification de l’urbanisation a suivi l’implantation de ces lignes. Quant aux champs électromagnétiques,ils sont similaires que la ligne soit aérienne ou souterraine, et leur dangerosité n’a jamais été prouvée. Et cette exposition n’est pas plus grande que quand on utilise à proximité immédiate de son corps un appareil électrique. Et puis quelle alternative, renoncer à l’électricité ? Quant au coût, payé par les contribuables et les consommateurs d’électricité français, il est sans doute largement compensé par les bénéfices, même si ceux-ci ne sont pas directement mesurables.
    J’avoue ne pas bien comprendre la rationalité de la position de Clamart citoyenne.

    • CCadminWP dit :

      Dans notre billet, il est question d’un principe de précaution vis à vis d’un éventuel danger induit par le champ EM généré à proximité des lignes THT. Notre propos n’est pas de trancher ce point, qui reste objet de controverse (néanmoins nous sommes ici pour appliquer le principe de précaution) mais de faire remarquer que le discours du maire n’est pas cohérent : il argumente sur la dangerosité (d’un point de vue EM) des lignes pour justifier une opération d’enfouissement et à l’issue on constate que les expositions des populations au rayonnement EM sont supérieures !
      Pour reprendre votre argument sur le risque posé par les chutes de câbles en cas de tempête, il était initialement très, très, faible (surtout comparé à d’autres dangers environnementaux qui ne semblent pas préoccuper outre mesure la municipalité). Il est aujourd’hui encore plus faible depuis que, suite aux différentes tempêtes ayant endommagé le réseau, RTE a ré-examiné et renforcé ses lignes et relevé ses normes de résistance.
      En espérant vous avoir éclairé sur la rationalité de notre position, bien cordialement,
      Clamart Citoyenne

  2. DELAHAYE Marcel dit :

    Merci pur la qualité de la présentation du dossier. Espérons que les électeurs sauront s’en souvenir lors de la prochaine élection municipale. Non à la réélection d’un maire aucunement démocrate.

  3. Lefèvre dit :

    effectivement toute cette polémique sur ce projet dure depuis des années.moi j’étais pour le projet à l’époque de notre ex maire M° Kaltenbach. surtout sur le plan financier;celui ci demandais de faire le financement par EDF . Cela me paraissait plus interessant pour les contribuables en général !

    • Max dit :

      EDF n’est pas propriétaire du réseau de transport d’électricité qui appartient à RTE. Le financement par RTE des mises en souterrain sur initiative locale répond à des règles précises qui s’appliquent sur tout le territoire, et dépend notamment de l’âge de l’infrastructure remplacée. Et cela ne dépend pas du maire, de quelque bord qu’il soit, quoiqu’il en dise. Les coûts de RTE sont répercutés sur les factures d’électricité de tous les consommateurs français.

      • CCadminWP dit :

        Oui et non : en zone urbaine comme Clamart ce genre d’opération ne se fait pas sans l’aval du maire et ici c’est lui qui en a pris l’initiative.
        Quant au coût, effectivement il est réparti, pour ce qui concerne la partie prise en charge par RTE, sur l’ensemble des Français (dont les Clamartois) mais il reste une partie importante qui pèse directement sur le budget de notre commune (voir les tableaux présentés dans notre article). La question est donc de savoir s’il n’y avait pas d’autres dépenses plus prioritaires sur Clamart, notamment au niveau des écoles et du péri-scolaire, que de financer une opération immobilière ?
        En vous remerciant pour vos remarques qui nous permettent de préciser certains points qui n’étaient peut-être pas très clairs dans notre article, bien cordialement,
        Clamart Citoyenne

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