Futur Stade Hunebelle : La démesure au service d’une ambition personnelle

Dans une Salle des Fêtes bien remplie, le maire a dévoilé le 10 avril dernier les grandes lignes du futur stade Hunebelle…

Le projet peut paraître séduisant, nous sommes loin de l’architecture passéiste et sans imagination qui caractérise toutes les constructions de logements à Clamart depuis 2014. C’est, en soi, une surprise. Vous en trouverez les principales caractéristiques ici.

Nous le devons à l’agence SCAU, qui n’en est pas à sa première réalisation sportive : elle a commencé avec le Stade de France, et sa dernière en date est le Stade vélodrome à Marseille. Ce sont, et de loin, les deux plus grands stades de France. Clamart cherche assurément à jouer dans la cour des grands !

Le maire, du reste, l’assume : il veut « tirer la ville vers le haut ». On sait maintenant ce qu’il entend par là : attirer à Clamart les classes sociales les plus aisées, notamment en favorisant des programmes immobiliers haut de gamme qui ne seront pas dans les moyens de la très grande majorité des familles clamartoises.

Pour en revenir au stade, les réponses apportées aux questions posées par les habitant·e·s ont été, c’est le moins que l’on puisse dire, très floues. La présentation du projet a été un bel exercice de communication, mais avec tous les artifices de la publicité (par exemple une perspective sur la salle de sport fait imaginer un plafond de verre, alors qu’il n’y aura qu’un ou deux lanterneaux d’éclairage zénithal), et de grandes inquiétudes demeurent.

SCAU (2018)

Tout d’abord le creusement d’une excavation de plus de 14 mètres de profondeur , soit la hauteur d’un immeuble de 5 étages, sur 150 mètres de largeur, pour permettre d’insérer dans le sous-sol une salle d’athlétisme, un gymnase, un bowling, une salle de boxe et un parking capable d’accueillir autocars et camions avec tous les risques hydrogéologiques que cela induit pour les riverains et au-delà en aval du stade. Ces risques, aggravés par le dérèglement climatique, sont actuellement très mal évalués.

SCAU (2018)

Une étude est actuellement conduite par le BRGM . Elle est demandée depuis 20 ans (notamment par l’association Vivre à Clamart); nous ne pouvons donc que nous en réjouir (et les élus de Clamart Citoyenne ont voté pour cette étude au dernier conseil municipal). Mais elle ne suffira pas à résoudre les problèmes qui vont se poser avec cette barrière étanche en sous-sol et l’ajout de surfaces imperméabilisées en surface ! Contrairement à ce qui est annoncé par le maire, comme toujours avec beaucoup d’aplomb, il n’est pas vrai que des techniques modernes permettent de tout résoudre. Et puis, encore faudrait-il savoir à quel coût : on est ici sur un point bas qui concentre les ruissellements de tout le versant du plateau. On risque de se trouver dans la situation inextricable d’un « Barrage contre le Pacifique ».

En ce qui concerne cette étude, le maire a déclaré que ses résultats ne pourraient en aucun cas remettre en cause le lancement du projet mais seulement orienter les solutions techniques susceptibles de répondre aux problèmes hydrogéologiques. Quoiqu’il en soit les travaux seront lancés avant que les résultats en soient connus ! De notre côté nous pensons qu’il faudrait prendre le temps de tirer toutes les conclusions de cette étude avant de lancer ces travaux et que le calendrier électoral ne devrait pas être ici référence.

Viennent ensuite les 350 places de parking. Certes il y a un problème de stationnement à Clamart. Mais les transports en commun vont se développer. Est-ce vraiment le moment d’inciter les gens à venir dans le centre en voiture ? Là aussi, on aurait pu, effectivement, profiter d’un projet de rénovation pour faciliter le stationnement des cars qui desservent le stade et le conservatoire, ainsi que des camions concernés par le marché (mais au fait, un agrandissement du parking du Trosy est aussi prévu : la capacité en serait augmentée de 50 %, passant de 140 à 210 places ; ce n’est donc pas pour les camions ?). Il était sûrement possible d’envisager des solutions plus adaptées et moins coûteuses.
Et puis, la desserte de ce parking par la rue de Meudon face aux anciens bureaux de la sécurité sociale va poser un problème de trafic dans cette rue qui devra également accueillir le futur terminus du tramway T10 (notons au passage que les abattages le long de la rue de Meudon amputeront le Bois de Clamart d’une surface de 3 000 m2…).

Dossier de synthèse STIF (22 fév. 2017)

Le coût du projet est énorme : 50 millions ! Et ce n’est que le coût annoncé, qu’en sera-t-il à l’arrivée ? Il peut y avoir un surcoût colossal, notamment si des travaux importants sont nécessaires pour le sous-sol.

Mettre autant d’argent dans un projet aussi clivant, plutôt qu’investir dans les établissements scolaires, les rues de Clamart (voies et trottoirs), le nettoyage (bien abandonné aujourd’hui…), etc est une décision qui engage les Clamartois.es pour très longtemps (100 ans d’après le maire, qui aime décidément beaucoup les hyperboles) et qui aurait mérité qu’on leur demande explicitement leur avis, voire qu’on leur propose de choisir entre plusieurs projets. Mais le maire, à nouveau, est persuadé qu’il est seul à savoir ce qui est bon pour Clamart.

De notre côté nous pensons qu’il est possible de concevoir un projet de rénovation/amélioration, accessibles à tous les Clamartois·es, pour un coût plus raisonnable et que cela permettra de ne pas sacrifier les autres investissements nécessaires à Clamart. Rappelons, pour fixer les idées, que le coût, minimum, du projet : 50 millions d’Euros, correspond à la totalité du budget d’investissement annuel de la ville ! Dans les faits, pour compenser ce déséquilibre, le maire compte pour l’essentiel sur les bénéfices, hypothétiques à nos yeux, des (très) nombreux projets immobiliers qui ont été lancés et notamment celui de la ZAC Panorama (englué dans une affaire de pollution des sols et de risque radioactif proche…).

Enfin un dernier aspect de ce projet nous pose problème : il vise essentiellement à séduire ceux qui en ont les moyens. Le maire a rassuré les habitants inquiets des « nuisances » : le coût d’une partie de bowling n’étant « pas donné », il n’y aura pas de « racaille » à craindre. Quels propos abjects ! D’ailleurs, le site sera « vidéo-surveillé » (au moins, cette fois, le maire a utilisé le terme adéquat, et n’a pas parlé de « vidéo-protection »). Et puis, le restaurant (200 couverts, tout de même) sera « haut de gamme ». Pas question, pour une famille aux revenus même moyens, de se payer une soirée bowling puis restaurant. Tout au plus pourront-ils avaler un sandwich à la cafétéria.

Voilà des ambitions bien peu compatibles avec l’esprit convivial et familial du stade municipal d’une ville comme Clamart, qui n’est pas, après Paris et Marseille, la troisième de France en nombre d’habitants. Elle se situe, en fait, bien au-delà de la centième place… Ce que ne semble pas admettre le maire actuel qui se rêve sûrement en maire d’une ville au rayonnement planétaire.


 

1- Et non pas de 6 mètres de profondeur comme l’affirme le maire…
(cf. CR du Conseil municipal du 31 mai 2018, Question n°7 de l’ordre du jour)

2- Bureau de Recherches Géologiques et Minières

3- Les résultats de cette étude devraient être pris en compte non seulement par le projet Hunebelle mais également pour tous les projets immobiliers concernés. Après leur publication ils devraient se traduire au plus vite par une modification du PLU (Plan Local d’Urbanisme) actuel de Clamart.

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4 réponses à Futur Stade Hunebelle : La démesure au service d’une ambition personnelle

  1. Thierry Manlot dit :

    Mettre autant d’argent dans un projet aussi clivant, plutôt qu’investir dans les établissements scolaires, les rues de Clamart (voies et trottoirs), le nettoyage (bien abandonné aujourd’hui…), etc est une décision qui engage les Clamartois.es pour très longtemps (100 ans d’après le maire, qui aime décidément beaucoup les hyperboles) et qui aurait mérité qu’on leur demande explicitement leur avis, voire qu’on leur propose de choisir entre plusieurs projets. Mais le maire, à nouveau, est persuadé qu’il est seul à savoir ce qui est bon pour Clamart.
    – « NO COMMENT ! » Comme le disait notre ami Serge Gainsbourg

  2. Kutsch & Courtney dit :

    Comment peut-on arrêter cette folie!!
    Il faut au moins attendre l’étude et la respecter

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